|
*
La pierre est terre plantée de mousse des souches couchées
dans l’eau devenues minérales dans leur immobilité et puis
il y a les arbres aux troncs humides à la toison verte
et spongieuse muets et comme yeux bandés.
Elle leur ressemble. Arbre privé d’arborescence. Debout là sans que
sa présence ne soit évidente. Ne sachant que faire de ses mains de ses
regards. Mais là quand même.
*
La pietra è terra fitta di muschio ceppi sdraiati
nell’acqua diventati minerali nella loro immobilità e poi
ci sono gli alberi dai tronchi umidi dal vello verde
e spugnoso muti e come occhi bendati.
Lei somiglia a loro. Albero privo di chioma. In piedi lì senza che
la sua presenza sia palese. Non sapendo che fare di mani e
sguardi. Ma lì comunque.
*
Elle n’a pas poussé droit. Ce qu’on lui a dit.
Hors cadre du coup. Malgré ses bras retenus ses pulsations
en sourdine ses mots ravalés toujours de trop se sent
à côté. Elle n’a pas choisi. C’est comme ça. Se cogne
contre ce fichu cadre même si corps en filigrane même
si corps prudent se cogne à ce cadre que les autres nombreux
ne voient même pas peut-être même
jamais.
*
Non è cresciuta diritta. Così le dissero.
Perciò fuori quadro. Nonostante le sue braccia trattenute le pulsazioni
in sordina le parole inghiottite sempre in eccesso si sente
fuori posto. Non ha scelto. È così. Sbattendo
contro quel maledetto quadro anche se corpo in filigrana anche
se corpo prudente sbatte contro quel quadro che gli altri numerosi
non vedono neppure fors’ anche
mai.
*
Elle aussi se pare de mousse de petites fougères dans
ses interstices de taches de lichen de lierre. Si pierre est de
terre alors elle peut le faire se couvre et amortit la pointe
des regards imagine des parades.
Éviter des bleus au quotidien. Et avancer.
*
Anch’ella si ammanta di muschio di piccole felci nei
suoi anfratti di macchie di lichene d’edera. Se pietra è di
terra allora può farlo si ricopre e smorza la punta
con gli sguardi immagina parate.
Eludere lividi al quotidiano. E avanzare.
*
La rosée perle la mousse se gonfle un peu c’est lourd souvent
une double peau alors elle fuit son corps et ses désirs et
déraille envahie par les autres ne sait plus quelle est sa peau.
Une partie de son assise dans le torrent le courant la bouscule
constamment difficile d’y voir clair.
*
Affiora la rugiada si dilata appena il muschio spesso pesante
una doppia pelle allora sfugge dal suo corpo e dai desideri e
deraglia invasa dagli altri non sa più qual è la sua pelle.
Una parte del suo ceppo nel torrente la corrente la scuote
di continuo difficile vederci chiaro.
*
Elle n’est pas comme promis. Non elle ne fait pas
l’intéressante. Contorsions elle navigue comme
elle peut peaufine sa parure habituée à vivre dans
l’entre-deux sur le qui-vive elle se repose à l’ombre
de l’indifférence agence le puzzle de son identité s’étonne
de sa singularité. S’en agace.
*
Lei non è come promesso. No lei non si mette
in evidenza. Contorsioni naviga come
può rifinisce l’acconciatura abituata a vivere nell’
intervallo in allerta si riposa all’ombra
dell’indifferenza dispone le combinazioni della sua identità si meraviglia
della sua singolarità. Se ne irrita.
*
Son feuillage pèse le pour et le contre oser là retenir là
elle tend ses branches se lie avec d’autres la sève monte
pulse puissante et sans question dans la pénombre elle brave
les limites et mâche l’injustice. Puis renfile son costume
de mousse. Sans mot dire.
*
Il suo fogliame pesa il pro e il contro osare lì trattenere lì
ella tende i suoi rami si unisce ad altri la linfa sale
pulsa potente e senza domanda nella penombra sfida
i limiti e mastica l’ingiustizia. Poi infila di nuovo il suo abito
di muschio. Senza proferire parola.
*
Dans la forêt elle apprend à s’entourer d’essences sœurs. Affinités
sélectives où chacune croît à sa mesure où respirer tout son saoul
où l’empêchement s’oublie d’un claquement de doigts. Elle s’enracine
plus solide aux tempêtes grandit. Elle dépose sa peau de mousse
au hasard des confiances et des carrefours choisit
et les silences ne pourrissent plus sous l’épiderme. Elle s’invente
une vie en vigilance.
*
Nella foresta impara a circondarsi di essenze sorelle. Affinità
selettive dove ognuna cresce a suo modo dove respirare fino all’ebbrezza
dove il vincolo si dimentica schioccando le dita. Si radica
più salda alle tempeste cresce. Affida la sua pelle di muschio
alla sorte delle confidenze e dei crocevia sceglie
e i silenzi non marciscono più sotto l’epidermide. Lei si crea
una vita vigile.
*
Ses branches se balancent doucement son feuillage bruisse
elle aime tout naturellement. Ne le crie pas sur tous les toits
poussée à tracer des chemins d’esquive sur
les bords du dire retenu pose un voile de silence ici obscurcit
ses couleurs là. Présence que l’on questionne gênée aux
entournures sa mousse l’embarrasse.
*
I suoi rami oscillano piano il fogliame fruscia
ella ama tutto con naturalezza. Non lo grida su ogni tetto
spinta a tracciare sentieri d’elusione sulle
rive del dire trattenuto stende un velo di silenzio qui oscura
i suoi colori là. Presenza che viene interrogata messa a disagio
confusa dal muschio.
*
Les saisons sur la peau son feuillage s’étire caressé de
lumière au sein de la canopée se densifie sa mousse fine
de plus en plus sur son écorce s’effrite par endroits les oiseaux
la grignotent des insectes s’y cachent.
*
Le stagioni sulla pelle il suo fogliame si distende accarezzato di
luce nel grembo della canopea si infittisce il suo muschio sottile
sempre più sopra la corteccia si sgretola qua e là gli uccelli
la rosicchiano gli insetti vi si nascondono.
*
Elle est dure au désespoir comme on est dur au mal
son existence chaque jour affirme une victoire. Attirée par
l’azur son désir d’être est avec toutes ses crevasses
et ses bosses débordant. Depuis ce printemps dans une
de ses obscurités habite un écureuil.
*
È dura alla disperazione come si è duri al male
la sua esistenza ogni giorno segna una vittoria. Attratta dall’
azzurro nel desiderio d’essere con tutte le sue crepe
e gobbe traboccante. Da questa primavera in una
delle sue ombre abita uno scoiattolo.
|