FILI D'AQUILONE
rivista d'immagini, idee e Poesia

Numero 71
novembre 2025

Famiglie

 

FIGURE DE MÈRE
FIGURA DI MADRE

di Diane Régimbald

opere a inchiostro di Sophie Lanctôt



Une incision tente de défaire
le corps

ANNE-MARIE ALBIACH

Puis déshabille l’image
De mon corps à venir

ROGER GIROUX


Un taglio prova a disfare
il corpo

ANNE-MARIE ALBIACH

Poi spoglia l’immagine
Del mio corpo a venire

ROGER GIROUX


*

Elle veut faire la mère.
Elle fait la mère.
La vie séparée d’elle-même
qu’elle s’est choisie.
Un ventre intérieur.
Le ventre bouge.
Le ventre est ouvert.
Elle aime les caresses.
Tête appuyée sur l’os de son pubis.
Moi, l’aînée.


*

Lei vuole fare la madre.
Fa la madre.
La vita separata da se stessa
che si è scelta.
Un ventre interiore. (*)
Il ventre si muove.
Il ventre è aperto.
Ama le carezze.
Testa appoggiata all’osso del pube.
Io, la primogenita.

(*) Riferimento a sant'Agostino.



*

Elle a fait l’amour.
C’est la première fois
depuis la naissance du dernier.
Elle n’allaite pas, n’a jamais eu
assez de lait pour nourrir.
Ses petits seins protégés
cachés sous les tissus.
Mais tout d’elle est bu.


*

Ha fatto l’amore.
È la prima volta
dalla nascita dell’ultimogenito.
Non allatta, non ha mai avuto
latte a sufficienza per nutrire.
I suoi piccoli seni protetti
nascosti sotto le stoffe.
Ma tutto di lei è bevuto.


*

Cette photo d’elle
avec ses cinq enfants.
Vingt-cinq ans manteau
vaste sourire radieux les mains
plein les bras.
Elle ne rêve pas. On imagine
dans son regard lumineux
un espoir, mais quelle inquiétude
traverse sa bouche désorientée ?


*

Questa foto di lei
con i suoi cinque figli.
Venticinque anni ampio
cappotto sorriso splendente mani
traboccanti le braccia.
Lei non sogna. S’immagina
nel suo sguardo fulgente
una speranza, ma quale turbamento
traversa la sua bocca disorientata?


*

Les cheveux sont coiffés
les lèvres peintes une joie de
jeunesse attrape celle qui pose
lui souhaite la buena suerte.
Les enfants témoignent
de sa fraîcheur. Veulent
qu’elle revienne à eux.
Qu’elle quitte la photographie.
Elle est le manque qui leur
appartient. Leur ennui. Vide
comblé par ses soins.


*

I capelli sono pettinati
le labbra truccate una gioia
giovanile afferra colei che posa
le augura la buena suerte.
I figli testimoniano
della sua freschezza. Vogliono
che torni a loro.
Che lasci la fotografia.
È la mancanza che
li abita. La loro noia. Vuoto
colmato dalle sue cure.



*

Je la vois encore vaste et
remplie d’une attente.
Je plonge mes yeux dans l’image
devine son appel d’évasion.
L’amplitude des bras
qui lui permettrait
de voler vers un lieu inconnu.
De saisir à même son corps
tout l’air ambiant.
La mère s’emporte. Le vent
venant du sud foule le parc où
elle se pose avec les enfants.
Elle voudrait l’ailleurs encore.
Cherche du regard une chose
insensée qui la bercerait.


*

La vedo ancora vasta e
colma di un’attesa.
Immergo gli occhi nell’immagine,
indovino il suo richiamo di fuga.
L’ampiezza delle braccia
che le permetterebbe
di volare verso un luogo ignoto,
di afferrare con il corpo soltanto
tutta l’aria attorno.
La madre si arrabbia. Il vento
che arriva da sud calpesta il parco dove
si posa con i bambini.
Vorrebbe ancora l’altrove,
cerca con lo sguardo qualcosa
d’insensato che la cullerebbe.


*

L’air pousse la langue d’un seul
mot. L’a-t-elle entendu ?
Elle tourne la tête pour capter
ce mot suspendu. Ne trouve que
poussière qui lui colle à l’œil.
Le saule près de la rivière l’apaise
donne un éclat à son dénuement.
Qui avance avec la progéniture
et supporte le fardeau
autrement que la mère ?


*

L’aria spinge la lingua con una sola
parola. L’ha sentita?
Lei volta la testa per afferrare
quella parola sospesa. Non trova che
polvere incollata all’occhio.
Il salice vicino al fiume la tranquillizza,
dona un bagliore al suo spogliarsi.
Chi avanza con la prole
e porta il fardello
se non la madre?


*

Savait-elle cela le risque de
l’enfant porté jusqu’à la mort ?
Ils sont nombreux autour d’elle
une ribambelle.

Que sait-elle
de l’enfantement du monde ?
Est-ce trésor ou dévastation ?
La nuit revient.
La nuit c’est son ventre.


*

Lo sapeva questo il rischio di
un figlio portato fino alla morte?
Sono tanti attorno a lei
una nidiata.

Che cosa sa
dell’infanzia del mondo?
È un tesoro o una devastazione?
Torna la notte.
La notte è il suo ventre.


*

Regard penché. Le sang
coule glissent sur ses cuisses
les caillots qui passent brillent
dans le jour. C’est l’embryon
perdu.


*

Sguardo chino. Il sangue
scorre sulle cosce
si fanno scivolo i coaguli che vanno splendono
nel giorno. È l’embrione
smarrito.


*

Le cœur bat dans sa poitrine
effacée. Sous l’histoire
qui ne la dira jamais.
Ne dira pas la séparation
d’elle-même. Ne sera rien d’autre
qu’elle avec ses traces décomposées.
Discrète comme un chemin ignoré.


*

Il cuore le batte nel petto
cancellato. Sotto la storia
che mai lo dirà.
Non dirà la separazione
da se stessa. Non sarà null’altro
che lei con le sue tracce disfatte.
Discreta come un sentiero eluso.



*

Corps tracé à même l’attente
que vienne la joie plus que la douleur
que vienne sur le seuil
un portrait d’elle l’ailleurs appelé.
L’amour en soif.


*

Corpo tracciato sull’attesa
che venga la gioia più che il dolore
che venga sulla soglia
un suo ritratto l’altrove invocato.
L’amore assetato. (*)

(*) Nel testo originale, l’amour en soif gioca sull’omofonia con l’amour en soi (l’amore in sé). L’espressione unisce la sete e l’essere: l’amore come mancanza e come essenza. Questo doppio senso, si perde in italiano, ed appare con “assetato” ossia “l’amore in stato di sete”.


*

La route est longue.
Semée d’embûches.
D’amour de haine.
Dans ses yeux je lis tout ça.
Se lit la fin déjà.

Elle cherche dans l’éclatement
une autre réalité. Qu’y a-t-il d’autre ?
Quelle histoire de mère ?
Heureuse et médusée.
Du temple à son absence.
Statufiée.


*

Lunga è la strada.
Irta d’insidie.
D’amore di odio.
Nei suoi occhi leggo tutto questo.
Già si legge la fine.

Cerca nello schianto
un’altra realtà. Che altro c’è?
Quale storia di madre?
Felice e attonita.
Dal tempio alla sua assenza.
Pietrificata.


*

Comment devient-on mère ?

Il me suffisait de grandir
et de répéter ses gestes
nourrir les pigeons du grand-père
cueillir les fleurs de la grand-mère.
Suffisait d’errer le long du canal Rideau
de la rivière des Outaouais. Suffisait
d’écrire pour elle après sa mort.
Suffisait de comprendre les gestes
souvent secs
empressés inquiets
les douleurs jusqu’aux larmes.
Suffisait d’arrêter la roue.
De marcher dans ses pas de jeune mère
cigarette aux lèvres. Présente et distraite
défendant sa vie.


*

Come si diventa madre?

Mi bastava crescere
e ripetere i suoi gesti
nutrire i piccioni del nonno
cogliere i fiori della nonna.
Bastava vagare lungo il canale Rideau
il fiume Outaouais. Bastava
scrivere per lei dopo la sua morte.
Bastava comprendere i gesti
spesso secchi
frettolosi inquieti
dolori fino alle lacrime.
Bastava fermare la ruota.
Camminare nei suoi passi di giovane madre
sigaretta alle labbra. Presente e distratta
in difesa della sua vita.


*

L’incendie se fait en moi
révolte interminable
douleur partout
cède ma poitrine d’argile
mère partie en douce folie
en toute solitude
choisissant sa mort
dans la chambre – confiante
main derrière la nuque visage posé
en plein jour au lit
s’offrant la fin.


*

L’incendio in me divampa
rivolta incessante
dolore ovunque
cede il mio petto d’argilla
madre svanita in dolce follia
in nuda solitudine
scegliendo la sua morte
nella stanza – fiduciosa
mano dietro la nuca viso posato
in pieno giorno a letto
regalandosi la fine.


*

J’allonge mes pas la sachant
maintenant dans l’autre part du monde
ne pouvant retenir de l’éternité
que son âme en moi
encore fille d’elle
je poursuis la marche des jours
sa tête seule
déposée
sur mon amour.


*

Allungo i passi sapendola
ormai nell’altra parte del mondo
non potendo trattenere dell’eternità
che la sua anima in me
ancora figlia di lei
proseguo il cammino dei giorni
la sua testa soltanto
appoggiata
sul mio amore.



Poesie tratte da Elle voudrait l’ailleurs encore (Éditions du Noroît) vincitore del Grand Prix Québecor du Festival international de poésie 2024

Traduzione dal francese di Viviane Ciampi


dianeregimbald@hotmail.com